« Un entrepreneur qui se lance seul est en danger »

Quel est l’environnement favorable pour développer ses talents d’entrepreneur ? Cette semaine, « La Croix » mène l’enquête, d’une couveuse d’entreprises à… une abbaye.

Pour inaugurer ce nouveau volet de notre enquête sur l’esprit d’entreprise, Xavier Delattre, directeur général de la Fondation Entreprendre, répond aux questions de La Croix.

Tout le monde peut-il devenir entrepreneur, ou faut-il des dispositions particulières ?

Xavier Delattre : Entreprendre, c’est vouloir agir. Cette envie concerne donc chacun d’entre nous, même si tout le monde n’a pas encore eu la chance de la faire émerger. Pour faciliter cet esprit d’entreprendre, nous pensons qu’il faut le cultiver le plus tôt possible, dès le collège et le lycée, en incitant à la rencontre avec des chefs d’entreprise ou à la création de mini-entreprises.

Selon une étude américaine, d’ici à 20 ou 30 ans, 80 % des tâches actuelles seront faites par des automates et 48 % des métiers auront disparu. La bonne nouvelle, c’est que 60 % des métiers dont nous aurons alors besoin n’existent pas encore?! Il faut donc les inventer. Voilà pourquoi l’agilité, l’esprit d’innovation et l’esprit entrepreneurial seront de plus en plus indispensables.

Quels sont les blocages à surmonter pour se lancer ?

X. D. : La première difficulté, c’est d’oser commencer sans avoir toutes les réponses. Si l’on attend d’avoir une idée géniale, toutes les compétences nécessaires et zéro risque… alors on risque d’attendre longtemps. Personne n’a tous ces atouts au moment de se lancer et l’appréhension est donc légitime.

Mon premier patron disait qu’il avait réussi parce qu’il connaissait ses lacunes et pouvait donc chercher les gens capables de les combler. Il avait évidemment raison. Pour réussir, il faut avoir la confiance de se lancer, mais aussi l’humilité de penser qu’on ne peut pas tout faire tout seul.

Il n’est donc pas possible de réussir sans soutien ?

X. D. : Un entrepreneur qui se lance seul est un entrepreneur en danger. Ce n’est pas un a priori, c’est la réalité des chiffres. Chez les gens qui se lancent seuls, moins de la moitié des entreprises sont encore en vie au bout de cinq ans. Chez ceux qui se font accompagner par les réseaux d’aides, ce taux grimpe à 70 % voire 90 %, selon les profils.

Bien sûr, un type génial peut réussir seul. Mais le même type génial réussirait deux fois mieux en se faisant aider. D’ailleurs, le visionnaire génial est souvent quelqu’un qui sait se faire accompagner de types tout aussi géniaux. Les fondateurs de Microsoft ou de Google ne sont pas restés seuls longtemps. Créer une entreprise, c’est une longue course. Si vous êtes seul, qui sera là lorsque surviendra un coup de pompe ?

L’entourage personnel et professionnel joue donc un rôle essentiel ?

X. D. : L’environnement personnel est primordial. Le premier lieu de la confiance et de l’empathie, c’est évidemment la famille qui, souvent, est aussi le premier financeur d’un projet. Un mari qui se lance sans le soutien de sa femme, ou l’inverse, n’ira pas loin.

Les amis, aussi, jouent un rôle précieux. Ils permettent d’échanger avec un certain recul autour de votre idée. Tout ce contexte est essentiel, car il en va de l’esprit d’entreprendre comme de la foi?: cela commence par une certitude, puis les doutes surgissent. Un chef d’entreprise a besoin d’un entourage bienveillant pour le rassurer et l’aider à avancer dans les moments difficiles.

Les conseils extérieurs, par des coachs payants ou des réseaux d’accompagnement bénévoles, vont ensuite permettre de gagner du temps et d’éviter les erreurs. C’est là que pourront émerger des réponses aux questions sur les aspects techniques, commerciaux, financiers qui ne sont pas faciles à appréhender tout seul dans son coin. Soumettre son dossier à des comités de sélection, parler de ses idées avec d’autres entrepreneurs, rencontrer des investisseurs, tout cela permet de faire mûrir et progresser un projet.

Est-il facile de trouver de l’aide pour monter un projet ?

X. D. .?: Avec la multitude d’organismes existants, nous avons probablement le plus beau réseau d’accompagnement d’Europe. Il reste néanmoins encore des choses à faire. Les structures d’aide sont trop peu présentes dans les zones rurales. De même, les femmes sont moins nombreuses que les hommes à se lancer dans l’aventure entrepreneuriale et il faut donc faire tomber cette barrière en leur montrant qu’elles sont aussi capables que les hommes.

Enfin, si l’on parle beaucoup de la création d’entreprise, on oublie encore trop souvent de mettre en avant la reprise d’entreprise. Or, il y aura 750 000 entreprises à reprendre dans les vingt ans qui viennent. C’est un enjeu qui n’est pas encore assez pris en compte dans l’accompagnement. Il y a pourtant parmi ces entreprises des pépites qui pourraient faire le bonheur de beaucoup d’entrepreneurs.

Source : « Un entrepreneur qui se lance seul est en danger » – La Croix

 

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